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  • Photo du rédacteurAlphonse le magicien

Magicien - Magic Pirates au Maroc

Pour Sandra et moi, ce contrat est celui qui nous a le plus marqué.


Le téléphone sonne, j'ai une proposition pour un contrat dans un parc d’attraction au Maroc de fin décembre à début avril. Cela tombe bien car mi-avril, je reprends mon contrat en Allemagne dans un parc (jamais de congé). Le directeur de ce parc, "Magic Parc", l'une des plus grosses fortunes du Maroc, était avec sa fille chez Disney à Paris. Au retour, sa fille lui dit : "Tu vois papa, mon amie ne peut pas aller chez Disney car elle n'a pas de papa aussi riche que toi. Tu devrais construire un parc." Et le papa construit le premier parc d'attraction au Maroc dans la ville de Rabat.


On m'envoie un billet d'avion pour aller visiter le parc et présenter mon spectacle. Arrivé sur place, je fais le tour du propriétaire avec le PDG et je lui donne quelques conseils car le parc était encore en construction. Il était très impressionné par mon savoir, c'était facile pour moi vu que j'avais passé 12 ans dans les parcs.


À un moment, il me dit que la princesse va venir. "Ah qui ??" La princesse, vous savez, nous avons un roi et c'est la princesse qui vient visiter le parc. Le tapis rouge est déroulé, et le PDG et moi sommes au milieu pendant que la princesse arrive avec tout un cortège. Je dis "Bon, je vais aller de côté." "Non, non, restez là", et je vois la princesse qui arrive vers nous. Il lui dit "Bonjour, Son Altesse" et réplique "Je vous présente Alphonse, magicien des Magic Pirates." "Eh, bonjour princesse!" Et il me dit "Je vais faire visiter le parc, vous nous rejoignez dans une heure." Moi, je prends le téléphone, j'appelle Sandra pour lui raconter : tapis rouge, princesse... et elle me dit "T'as fumé ou tu t'es mis trop d'insuline ?"


Je rejoins les invités, le PDG me demande un tour de magie pour la princesse. Je n'avais rien sur moi, mais la princesse avait une écharpe autour du cou. Je m'approche et hop, dix gars autour de moi, elle fait un signe de la main pour que les gardes du corps reculent. Je prends l'écharpe, je la mets autour de mon cou, je lui dis "Vous voyez, chez vous il fait chaud, vous portez l'écharpe comme ça. Chez nous, il fait un peu plus frais et nous portons l'écharpe comme ceci." Et je fais deux tours de l'écharpe autour de mon cou, je tire dessus et l'écharpe traverse mon cou. La princesse se lève et applaudit, et bien sûr, toute l'assistance aussi. Moi, je me dis "Punaise, ici c'est facile." Le PDG me dit "Bienvenue dans la famille, on se retrouve après dans nos bureaux."


RDV dans les bureaux avec les directeurs, je n'avais jamais vu autant de directeurs. Je pense que chacun était directeur de quelque chose. Je leur ai fait voir ma démo de mon spectacle ; il y avait aussi un numéro de magie avec un chien. Un ami m'a dit : "Si tu vas au Maroc, demande 3 fois ton cachet, car ils vont négocier." Le PDG me demande combien je prends pour le mois, je donne mon chiffre "3 fois plus" et il me dit OK. Et là, grand blanc dans ma tête, le gars n'a pas négocié, je me sens même gêné. Puis il me dit : "Il vous faut un logement, une villa au bord de la mer cela vous convient ?" "Eh bien, oui !" "Et un chauffeur pour vos déplacements ?" "Eh bien, oui !" "Et une nounou ?" "Euh, une nounou pour quoi faire ?" "Pour le chien, bien sûr !" "Eh bien, non, pas besoin de nounou, ça ira."

Je signe le contrat, je rentre et raconte tout cela. On me regarde avec de grands yeux : "C'est une blague !" "Non, non, ce n'est pas une blague."


Je continue, car ce n'est pas tout, vous aurez même du mal à me croire.


Arrivé au Maroc, notre théâtre n'est pas complètement fini et notre matériel, qui est parti en avion, n'est pas arrivé. "Ok, on fait quoi là ?" Le PDG, tranquille, me dit : "Allez visiter le Maroc, rien ne change, vous êtes payé quand même." Après avoir fait le tour du Maroc pendant trois semaines, je dis qu'il faudrait aller à l'aéroport. Nous y allons avec le directeur financier et là, dans un hangar, mon matériel attendait depuis 3 semaines. Je leur demande où est le souci, et le gars me dit que sur la déclaration de la douane, il y a marqué 80 000 € de matériel ; ils veulent une caution de 80 000 €. Le directeur financier dit "Aucun souci" et voilà, matériel débloqué et théâtre fini, c'est parti. 4 spectacles par jour, décidément, c'est une manie, ces 4 spectacles par jour. Par contre, nous faisons le plein à chaque spectacle, des affiches trônent dans toute la région, les émissions de TV s'enchaînent. Au bout de 3 semaines, les gens nous arrêtent dans la rue, un truc de fou.


Le parc a mis à notre disposition 6 techniciens. Un jour, Sandra voit un des gars aller aux toilettes avec sa bouteille d'eau et manger de côté. Je rassemble mon équipe et leur dis : "À partir d'aujourd'hui, vous allez au resto, vous mangez et buvez ce que vous voulez, et tout va sur ma note." Bien sûr, cela n'a pas loupé, je me retrouve au bureau. "C'est quoi l'histoire avec tes gars ? Est-ce que tu sais qu'une fois que tu seras parti, ils seront de nouveau comme avant ?" Je réponds : "Et alors, ces mois passés avec moi, ils ne les oublieront jamais."


Le contrat arrive doucement à sa fin et on veut me prolonger. Je leur dis que ce n'est pas possible, mais je peux me faire remplacer. Je fais venir mon ami Marc Berger et Alex au Maroc pour éventuellement prendre notre place. J'ai fait une belle blague à Marc. D'abord, je lui ai demandé de me ramener un bon fromage français (lol), il a failli se faire massacrer dans l'avion car ça sentait très fort. Arrivé au Maroc, j'avais convenu avec les employés du parc (200) que j'allais faire semblant de leur parler en marocain – bien sûr, ce n'était pas du marocain – et eux me répondaient en marocain. Dans la voiture, je dis à Marc et Alex qu'il faudra aussi faire la prière, vu qu'ici c'est 5 fois par jour, mais je dis : "Tu fais deux fois, ça suffit" (MDR). Je voyais mes deux amis se décomposer. Arrivés au parc, je parle avec tout le monde dans mon "marocain" à moi. Marc et Alex, impressionnés, me disent : "Punaise, tu parles le marocain !" "Oui, j'ai appris, faudra aussi apprendre" (lol). Je croyais qu'ils allaient mourir, les deux. Le soir, j'avoue ma supercherie, Alex me tape (lol).


Le rendez-vous avec le magicien Marc Berger ne s'est pas passé comme je l'espérais. Ce n'était pas une question de qualité de leur travail, mais de personne. La direction du parc voulait absolument que nous restions. J'avais instauré un climat de confiance avec tout le monde, que ce soit avec la direction ou avec les employés. Des liens d'amitié incroyables avec des gens incroyables. Parfois, un employé du parc nous ramenait une tajine que sa maman avait faite.


Un soir, Sandra et moi sommes invités dans la luxueuse villa du PDG. Il me dit alors : "Alphonse, vous restez un an de plus ?" Je lui réponds que ce n'est pas possible, car nous commençons mi-avril dans un parc en Allemagne et que si j'annule, je devrais payer des frais d'annulation. Il me dit : "Pas de soucis, nous payons." Oups ! Je lui dis que je suis un homme correct et que ces gens m'ont fait confiance pendant toutes ces années. Il me dit alors : "Comment trouves-tu cette villa ? Si tu signes, je te DONNE la même." Eh quoi ? Comment ? "Oui, tu as bien compris, je te DONNE la même. Réfléchis, tu as jusqu'à demain."


Sandra et moi rentrons dans notre villa au bord de la mer et un long silence s'installe. Sandra me dit : "En fait, quoi ?" Et je réponds : "Si on reste, on sera des esclaves et redevables toute notre vie." Le lendemain, j'annonce ma décision : c'est non. À partir de ce jour-là, je n'existais plus pour eux.


Le dernier jour, tout le monde était rassemblé dans le théâtre, les 200 employés pour une réunion. Sandra et moi faisons irruption pour dire au revoir. Tout le monde se lève et pendant un long moment, ils nous applaudissent. On me demande de faire un discours. Dans la salle, j'entends : "Merci, merci d'avoir été si humain avec nous." J'ai essayé de prendre le micro, mais j'ai pleuré, je n'ai pas arrêté de pleurer, comme je suis en train de le faire en écrivant cela. Je venais de laisser une trace d'humanité.


Aucune villa, aucun salaire n'aurait pu remplacer cela. Je ne vous oublierai jamais, MERCI.



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